Sans peur ni reproches : les lycéens de Charles de Gaulle ont dévoilé leurs talents

A leur âge, on brandissait nos 3310 et on se planquait dans les toilettes pour fumer. On regardait les autres du coin de l’oeil, pour juger leurs looks/vies/amours/résultats aux exams (rayez la mention inutile). On avait 16 ans, on était au lycée, et jamais, oh grand jamais, on aurait aimé être sur le devant d’une scène. Surtout si les spectateurs ne sont autres que ceux qui partagent les mêmes couloirs du lycée : profs et élèves.

Pourtant, au lycée Charles de Gaulle, les nouveaux élèves des années 2010 ne se laissent clairement pas démonter. Quand certains ont des chaines Youtube, d’autres maîtrisent le Beatbox ou encore la danse classique. Ils ont des talents cachés, et plutôt que oeuvrer dans l’antre de leur chambre (comme je l’aurais fait), une cinquantaine élèves se sont décidés à participer à la Journée des arts, le 11 mai dernier. Une après-midi consacrée aux talents. A la danse, au cinéma, à la musique, au dessin… Un seul maître mot pour cette seconde édition : oser, se lancer, se ficher du regard des autres et s’amuser au milieu des scènes improvisées dans le dédale des couloirs. On y était, et on en a pris de la graine.

 

Rencontre avec Théo, Dimitri, Marie-Sarah, Marine, Méline, Cylia, Kittry, Louise, Chloé et Oussama.

Théo & Dimitri – Launchpad party

A peine arrivés, c’est vers la salle électro que nous nous dirigeons, attirés par le son digne d’une soirée parisienne au sommet d’un rooftop. Bagues au doigts et looks pointus, Théo et Dimitri se tiennent derrière un ordinateur portable, et ce qui ressemble, de loin, pour une native des eighties comme moi, à la tablette portative de Al, dans Code Quantum : des leds, des couleurs qui clignotent et des sons hétéroclites. Mais Théo m’arrête tout de suite dans mes délires des années 90 : il maîtrise le Launchpad depuis trois ans, un instrument utilisé par de nombreux DJ, qui permet de créer des sons electros. “Il n’y a pas de note à apprendre, pas de solfège ou de truc comme ça : il faut connaitre les touches par coeur”. Pour le moment, les deux compères n’ont pas encore créé de compositions, le Launchpad étant une bête difficile à maîtriser. Ils attendent d’avoir plus d’expérience et de temps à consacrer à leur instrument : année du BAC oblige, les priorités sont ailleurs…

Marie-Sarah – La BD pour hobby

Avec une famille d’artistes -musiciens surtout- difficile de passer outre l’envie d’en être une également. Marie-Sarah, onze ans de pratique de flûte traversière derrière elle, est en Terminale ES. Elle a toujours dessiné mais depuis quelques temps, elle s’active pour le journal du lycée, le P’tit Charles. Elle y raconte, sous forme de bande-dessinée, l’histoire de Patate, de ses amis et leurs histoires ubuesques. Si la BD est un hobby, les vieux bouquins, sont vraiment sa passion. L’année prochaine, c’est acté : la jolie rouquine s’oriente vers l’art de la reliure.

Marine, Méline, Cylia, Kittry, Louise, Chloé – La team des danseuses

Elles ne sont pas belles, elles sont pires : gracieuses, délicieuses, canons. Elles ont été mes héroïnes durant cette Journée des arts. La plupart de leurs camarades de classe, de couloir ou de cantine, ne savaient pas qu’après les cours, ces six drôles de dames enfilent, parfois plusieurs fois par semaine, une paire de chaussons de danse. Pour certaines d’entre elles, dont Kittry et Marine, c’est la seconde fois qu’elles se produisent devant leurs amis du lycée. Pour autant, le stress reste palpable. “On a peur de se planter, encore plus devant eux. Mais passés les premiers regards de surprises, tous nous ont accueilli très positivement”, explique Marine. Sur la scène improvisée dans l’un des halls du lycée, elles avaient envie de montrer les chorégraphies apprises au sein de leur école de danse “Les petits chaussons d’or”, à Chevrières. Elles se sentent soudées, courageuses. Et elles ont raison. “Au lycée, lache Kittry, beaucoup de jeunes ont du talent, dans plein de domaines différents. Mais ils n’osent pas se dévoiler”. Ou peut-être n’osent-ils pas encore : si l’année dernière, la Journée des arts n’avait rassemblé qu’une dizaine d’élèves-artistes, cette année on en compte plus du double. Et l’année prochaine ? La team des danseuses m’expose un sourire unanime : “On recommence !”

Oussama – Cannes en ligne de mire

Dans une salle dédiée à la vidéo, nous retrouvons Oussama, 17 ans. La mine enjouée, le regard posé, il nous demande, avec assurance : “Vous voulez voir mon film ?”. Evidemment. Il éteint les lumières de la salle tandis qu’on s’installe dans les banquettes. Ambiance cinoche au lycée. Il nous présente son court-métrage, “RDV” , tourné durant l’hiver à Compiègne : une histoire de potes et de flingue, entièrement tourné “maison” pendant les vacances d’avril. “Un peu à la va-vite”, dira Oussama. Son rêve, c’est d’intégrer une école de cinéma, devenir acteur ou réalisateur. Ce passionné, qui a déjà tourné dans un clip et une publicité, s’est lancé, il y a quelques semaines, dans la réalisation d’un second court-métrage dont le sujet lui tient à coeur : le harcèlement scolaire. “J’ai moi-même connu une situation similaire, au collège : on m’attaquait physiquement. Tourner “Pas de panique !”, c’est finalement comme un exutoire. Et puis, il faut en parler, vraiment. Pour sensibiliser les élèves, les profs, les parents. Tout le monde”.

Oussama fonctionne au challenge : il espère, un jour prochain, fouler le tapis rouge du Festival de Cannes. En tant qu’acteur ou juste pour approcher cet univers qui le fait tant rêver.

→ @oussama_yakouban

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