Black Baroque : itinéraire d’une costumière aux doigts de fée

Marie-Caroline est une fonceuse comme on les aime. Cette Compiègnoise est à l’origine de la ligne “Black Baroque”, lancée en 2013. Costumière de talent, elle évoque son parcours, ses embûches, mais aussi ses joies. Une vie atypique, entre fashion week, paillettes et solitude devant la machine à coudre. Portrait tout en nuances.

Marie-Caroline Béhue-Guetteville est une personne absolument fascinante.

D’origine Normande, fille d’une prof d’arts plastiques peu conventionnelle, petite dernière après quatre garçons, elle a grandi dans un milieu atypique, et a commencé par suivre les traces de sa mère en faisant des études d’arts plastiques à la Sorbonne.

Lors d’un stage au musée Christian Dior, elle a l’idée de créer une robe avec les tickets de caisse du musée, qui lui vaut l’enthousiasme de l’équipe et des articles de presse. Elle travaille ensuite au Club Med comme costumière pendant 2 ans, une expérience enrichissante : “ Le Club Med m’a donné ma chance, même si vous n’avez pas un CV de costumière pro, ils vous font faire une semaine d’essai, et si ça marche ils vous prennent “, explique-t-elle. Puis, elle passe 6 mois à apprendre les diverses techniques de couture en tant que « petite main » en Mayenne : Les 6 mois que j’ai passés à Laval, en tant que petite main, ont été essentiels dans mon parcours. Parfois on passe des heures à faire la même chose, des manches de chemise par exemple, mais au final, on sait faire une manche de chemise parfaitement. Je suis sortie de là en maîtrisant toutes les techniques, que je n’avais pas auparavant car je n’avais pas fait d’études dans ce domaine à l’origine.”

“Je suis revenue en région parisienne, car c’est là qu’il y a le plus de travail, et j’ai trouvé un job au Parc Astérix. Il y a énormément de gens qui travaillent au Parc, ce qui m’a permis de commencer à me constituer un réseau. Le réseau est essentiel dans ce métier, je n’ai jamais trouvé un seul job en direct, c’est toujours par le réseau que j’ai travaillé”, explique la costumière.

En 2013, elle crée sa propre ligne « Black Baroque », et réalise ses propres expositions personnelles. Elle est désormais costumière pour le Théâtre Impérial de Compiègne, et travaille en ce moment sur le spectacle de l’Odyssée.  Elle revient de Haïti, où elle a été l’invitée d’honneur de la Fashion Week Haïti, et a conçu des robes époustouflantes dans ce cadre. Elle travaille également sur plusieurs projets d’opéra, d’une part l’Opérapiécé, avec Marion Lépine et Aurore Bouston, un spectacle mêlant le chant lyrique aux tubes de variété ; ainsi qu’un projet de spectacle burlesque.

Marie-Caroline est une enthousiaste, une fille qui dégage l’énergie de sa passion pour son métier, l’envie de bousculer les codes, repousser les limites bien établies des divers métiers et centres d’intérêt qui constituent son quotidien. Elle dessine, elle coud, elle grave, elle peint, elle utilise toutes sortes de supports et de médiums, elle crée des robes de toutes pièces, que ce soit avec des feuilles mortes ou du Plexiglass ou des dentelles délicates, ou même de la nourriture, tout a un potentiel à explorer…

De là où je me tiens, elle vit une vie de paillettes, d’exotisme, de voyages et de rencontres palpitantes.  Et c’est le cas, me confirme-t-elle. Mais ce n’est pas juste un métier et une vie formidables : “C’est aussi une vie finalement assez solitaire, avec des heures passées à dessiner et à coudre seule dans mon coin. Ce sont des horaires qui ne permettent pas vraiment une vie sociale, car on sort du boulot lorsque tout le monde est couché, et pendant que les uns et les autres se marient, ont des enfants, passent les étapes « classiques » de la vie, on se retrouve cantonnée au rôle de témoin de mariage, et parfois à avoir l’impression de passer à côté de quelque chose, aussi”, nuance la jeune femme, très réaliste.

Une vie faite de périodes où la jeune créatrice a tellement de travail qu’elle a à peine le temps de rentrer se changer, et d’autres périodes où elle se demande si elle va pouvoir payer son loyer. Il y a aussi le regard des autres, qui d’un côté voient les Fashion Weeks et le glamour, et d’un autre côté ne comprennent pas que non, on ne peut pas, et on ne souhaite pas copier une robe de mariée d’un grand nom pour 200€, parce que le sur-mesure coûte plus cher que le mass-produced d’une part, et que de toute façon, quand on est créatif, on n’a pas vraiment envie de faire de la copie.  Une vie où il n’y a pas de routine, avec tout ce que ça implique de positif et de négatif également.

Au final, je ressors de cet entretien avec une image d’une fille simple mais passionnée, qui est beaucoup plus jolie et jeune qu’elle ne le paraît sur les photos trouvées sur internet, qui avance sur sa route, qui n’est pas celle de tout le monde, sans savoir où elle va, mais sûre d’être sur le bon chemin, celui qui lui apporte la réalisation de la personne qu’elle est, de toutes les fibres de son âme.

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